Apple en a surpris plus d’un lors de l’annonce d’Apple Pay, le 9 septembre 2014 durant la conférence de presse présentant les nouveaux iPhone.

Ce nouveau service permet aux utilisateurs de payer avec leur carte bancaire en magasins physiques via leur iPhone 6, iPhone 6 Plus ou via leur iWatch. Apple Pay utilise la technologie de paiement sans contact NFC.

La marque emblématique de Cupertino n’avait jamais clairement affichée sa stratégie sur le paiement mobile et encore moins sa position sur la technologie NFC. Mon avis sur le sujet.

Comment s’est déroulé le lancement d’Apple Pay

Apple, comme à son habitude ne fait pas les choses à moitié. En effet, la marque à la pomme avait préparé soigneusement ses partenariats clés pour permettre un lancement en bonne et dû forme pour son nouvel atout choc : le service de paiement mobile Apple Pay.

C’est ainsi que courant de l’été 2014, Apple a négocié des partenariats en amont avec les schemes mondiaux : Visa, Mastercard et American Express. Apple a également signé des contrats avec les plus grandes enseignes (Ex: Disney, Nike…) afin d’être présent dans plus de 220 000 points de vente aux Etats-Unis dès le lancement d’Apple Pay.

Même si de grandes enseignes telles que Mc Donald’s, Macy’s ou encore Subway ont accepté que leurs clients puissent acheter via Apple Pay, la grande distribution ne voit pas cela d’un très bon oeil. Le géant Walmart, entre autre, refuse de devoir payer des commissions liées aux transactions à Apple.

CurrentC, l’alternative des marchands face à Apple Pay

Le leader mondial de la grande distribution fait d’ailleurs partie du MCX (Merchant Customer Exchange), un consortium de marchands qui se sont alliés afin de contrer Apple. Ces derniers ont d’ailleurs décidés en 2012 de lancer le projet de création de leur propre portefeuille mobile appelé CurrentC. A l’inverse du NFC, CurrentC utilise la méthode du QR code qui elle est compatible avec tous les terminaux de paiement.

Le business modèle de CurrentC

En terme de business modèle, les commerçants prélèvent la somme directement sur le compte de l’utilisateur en scannant ce QR code. Ce modèle permet ainsi d’éviter les frais de commissions de 2% à 3% sur chaque transaction, prélevée par les émetteurs de cartes bancaires. Dans le modèle d’Apple Pay, ce pourcentage reste à la charge du marchand.

Le projet CurrentC se positionne donc comme une alternative pour les marchands ne voulant pas d’Apple Pay. De plus, les distributeurs partenaires de MCX ont interdiction totale d’accepter Apple Pay sous peine d’amendes.

MCX mise à mal

Toujours en phase de test, CurrentC a déjà subi des tentatives de piratage début novembre. Leur cellule de communication a envoyé de fait, un message à destination des beta-testeurs de l’application afin de les informer que des tiers non-autorisés ont obtenu leur adresses e-mail. Mauvais temps pour MCX.

iTunes : un vivier d’utilisateurs potentiels pour Apple Pay

Même si les chiffres exactes sur le nombre de cartes de paiement enregistrées sur d’iTunes est parfois flou, selon Morgan Stanley, ce chiffre atteindrait les 400 millions. Ce chiffre est un atout majeur pour la firme de Cupertino dans sa conquête du paiement mobile.

De plus, dès l’utilisation du service, la carte de paiement enregistrée sur iTunes est enregistrée d’office. Il est bien sûr possible d’enregistrer d’autres cartes, simplement en scannant avec le capteur photo.

Qu’est-ce que Apple Pay ?

Les principales fonctionnalités et le fonctionnement
Apple Pay compte à ce jour, une principale fonctionnalité : réaliser un paiement de proximité via l’iPhone 6, iPhone 6 Plus et l’iWatch via la technologie NFC.

Apple Pay est basé sur l’authentification de l’utilisateur via son empreinte digitale, possible avec le Touch ID.

Pour utiliser son porte-monnaie mobile, il faut ouvrir l’application Passbook sur laquelle sont rassemblées les cartes bancaires et de fidélité de l’utilisateur.

Si l’utilisateur détient déjà un compte iTunes, sa carte sera systématiquement ajoutée sinon il peut ajouter manuellement de nouvelles cartes ou en les prenant en photo puis en renseignant ses codes de sécurité qui se situent au verso.

Une fois en magasin au moment du paiement, l’utilisateur doit approcher son device du lecteur NFC dédié ou terminal de paiement équipé d’un lecteur NFC tout en maintenant son pouce appuyé sur Touch ID pour s’authentifier.

Lorsque l’utilisateur utilise Apple Pay, il n’a pas besoin de déverrouiller son smartphone. A noter que l’utilisateur peut également effectuer un achat in-app grâce à cette même fonctionnalité, simplement en pressant le Touch ID. Uber, Hotel Tonight et Fancy sont déjà partenaires pour cette fonctionnalité.

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Les avantages de la solution

La solution est l’une des plus sécurisées du paiement mobile. En effet, il y a une authentification forte via un empreinte digitale à chaque paiement. Les données de la carte sont protégées. Un secure element existe dans les devices d’Apple.

Côté marchands, Apple Pay permet de réaliser du paiement de proximité, c’est donc un nouveau moyen de paiement accepté en magasin.

Les inconvénients de la solution

Le principal inconvénient est le caractère exclusif d’Apple Pay. De facto, Apple Pay ne peut être utilisé que par des applications certifiés Apple.

Un pas dans le monde des objets connectés avec l’utilisation d’Apple Pay via la iWatch

En intégrant Apple Pay dans la iWatch, la firme à la pomme met un pied dans l’univers à forte croissance des objets connectés.

Apple Pay est-il sécurisé ?

Comment les paiements sont-ils sécurisés ?

D’après le schéma présenté par EESTEL, l’association d’experts dans les paiements électroniques, le paiement est sécurisé via un numéro de carte virtuel lié à la fois à la carte de paiement et à l’identifiant unique du device. Ce numéro est ainsi stocké dans le secure element de l’iPhone. Ce numéro est utilisé pour générer des cartes virtuelles à usage unique.

De cette manière, le vendeur n’a ni connaissance des numéros de la carte bancaire des utilisateurs ni de son nom. De plus, s’il y a vol du smartphone, le détenteur de la carte n’a donc pas besoin de la bloquer.

Il faut également signaler que le code PIN n’est jamais divulgué non plus, car il n’est jamais utilisé.

Les transactions sont-elles EMV / PCI ?

Selon les expert d’EESTEL également, l’encryption et la tokenization utilisées sont conformes aux spécifications EMV / PCI.

Focus sur le système d’empreintes digitales et le NFC (Secure Element)

Toujours, d’après le rapport d’EESTEL « le chip NXP PN65V contient à la fois un contrôleur NFC et un Secure Element embarqué. Ce Secure Element est seulement utilisable que par des applications certifiées Apple. Le Secure Element contient des applets de paiement, des données sensibles, des clés et des capacités cryptographiques pour effectuer des calculs avec ces éléments. »

Pourquoi Apple Pay ne peut pas encore marcher en Europe ?

Un marché encore frileux vis-à-vis du paiement mobile
Le principal frein à l’adoption et à l’évangélisation de paiement mobile en Europe reste la sécurité et la peur de l’utilisateur face à un nouveau système qu’il ne connaît pas. D’après une étude menée par Deloitte-Ipsos en France, seuls 3% des détenteurs de smartphones ont déjà réalisé un paiement via leur smartphone.

La courbe d’apprentissage est donc assez longue et des réassurances sont nécessaires pour lutter contre une barrière qui est d’abord psychologique et d’usage.

Un marché fragmenté : besoin de négocier avec des enseignes locales ?

Le marché européen est loin d’être homogène. La langue, la culture, la monnaie et les schemes diffèrent de pays en pays.

En France, nous connaissons bien les exigences de Carte Bancaire. Pour diffuser Apple Pay en France, il faudra donc que ce service remplisse certaines conditions en terme de sécurité des paiements, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.

Côté commerçant, Apple doit également se préparer à une fronde certaine de la part des commerçants européens et des banques qui cherchent tous à conserver leur part du gâteau.

En France, le marché est très concurrentiel (Visa, Orange, Auchan, Wordline…)

Le lancement d’Apple Pay est prévu pour courant 2015 en France. Il faut savoir que l’Héxagone représente le deuxième pays en terme de transactions NFC.

Au niveau des banques françaises, le risque encouru est de taille puisque ce sont les données des cartes bancaires qui sont en jeu et de ce fait les comportements d’achat.
Visa France a d’ailleurs été le premier à se lever et à vouloir barrer la route à Apple. Il s’est en effet, associé à Wordline pour développer une solution de paiement sans contact disponible sur Android.

Si l’on regarde du côté de la grande distribution française, Auchan avance également ses pions avec la solution Flash’n pay.

Enfin, Orange n’est pas en reste avec son système de paiement Orange Cash en partenariat avec Visa.

Apple a donc face à lui une armée de solutions pour contrer le lancement d’Apple Pay.
En attendant, le marché du paiement mobile se structure.

Des premiers résultats prometteurs aux Etats-Unis

En trois jours seulement, Apple a décroché 1 million d’activations outre-atlantique. Des bugs ont naturellement été répertoriés mais ils ont semble-t-il été résolus rapidement.

Quelques 1 000 clients de la Bank of America ont vu, par exemple, leur compte débité deux fois pour les mêmes achats.

La vision d’Apple

Apple se positionne comme un facilitateur d’usages pour le paiement, Apple Pay étant un mode de paiement, et non un nouveau moyen de paiement.

Le concepteur de l’iPhone ne perd pas pour autant le Nord en fermant au maximum son service. Le paiement NFC est en effet seulement utilisable que par des application certifiées Apple. Nous voyons donc dans cette démarche une volonté de construire un réseau fermé afin de contrôler la chaîne de valeur dans son ensemble.

Aujourd’hui Apple se lance dans l’émission de paiement, mais qui sait si demain elle ne voudra pas également poser ses pions dans l’acceptation et dominé ainsi le marché.

Enfin, même si pour le moment les choses bougent beaucoup plus aux USA, espérons qu’en Europe et notamment en France le paiement mobile s’envole également.